André Chassaigne « La Terre n’appartient qu’aux hommes, elle ne saurait être confisquée »

Publié le par pcfuzege

A_Chassaigne.JPGLe député PCF du Puy-de-Dôme André Chassaigne a présenté à la Fête de l’Humanité son livre Pour une Terre commune (1).Il répond à quelques questions sur les motivations qui sont les siennes dans cette contribution.

 

Peut-on dire que votre livre est 
une contribution à une critique communiste du capitalisme vert ?

André Chassaigne. Oui, c’est un apport à la réflexion collective et actuelle sur le « capitalisme vert ». Je crois qu’il est important qu’un élu communiste puisse contribuer à ce travail de déconstruction de ce qui nous est présenté comme la solution à la crise environnementale, mais qui est en fait à l’origine des menaces qui pèsent sur la planète. J’ai voulu démontrer que l’addiction de ce système à l’accumulation de profits et son fonctionnement en cycles courts sont incompatibles avec les temps longs des questions environnementales. La deuxième chose que j’ai voulu exprimer, c’est l’idée que les questions environnementales ne peuvent se régler au détriment de la question sociale.

 

Pourquoi faut-il se défaire du productivisme ?

André Chassaigne. Avant tout, je veux dire que, pour un communiste, tirer cette conclusion est loin d’être évident. Notre culture est historiquement marquée par le productivisme et par la certitude que le progrès scientifique ou technique engendre mécaniquement du bien-être pour l’humanité. Je crois qu’il nous faut nous défaire de nos a priori sur ce sujet. Il ne s’agit pas pour moi de remettre en cause l’apport de la science mais l’usage que l’on en fait. Quand j’aborde le sujet, tabou pour les communistes, de la décroissance, ce n’est pas en termes d’adhésion à cette thèse. Il s’agit d’ouvrir le débat sur le sens des activités humaines, celui de la croissance économique et sur la finalité du travail. Ont-elles aujourd’hui pour but d’améliorer la condition humaine ? Assurément non !

 

Selon vous, la crise environnementale donne 
lieu à une dérive démocratique. Pourquoi ?

André Chassaigne. Ce qui se passe est extrêmement grave. Si les citoyens ne peuvent pas s’approprier les questions environnementales, alors les politiques qui seront mises en œuvre ne prendront pas en compte la réalité de leur quotidien. Or nous ne parviendrons pas à résoudre la crise environnementale sans résoudre la question sociale. Le gouvernement refuse tout débat démocratique sur la politique environnementale dans le but de permettre au système de se maintenir. L’absence de traitement démocratique de ces enjeux permet de développer l’idée fausse que l’essentiel de la responsabilité des dommages causés à la planète repose sur le consommateur. Ce discours de culpabilisation du citoyen permet d’exonérer de sa responsabilité le système capitaliste et productiviste. Dans le cadre du conflit de classes auquel nous assistons aujourd’hui, le pouvoir mène une véritable guerre idéologique dont le but est d’empêcher le débat sur les modes de production.

 

Qu’entendez-vous par « Terre commune » ?

André Chassaigne. En travaillant en tant que parlementaire sur les questions environnementales, j’ai pu constater combien la boulimie du capitalisme ne concernait pas que les outils de production. L’approche libérale pousse bien sûr à privatiser toutes 
les ressources de l’humanité, qu’il s’agisse 
des ressources énergétiques ou encore 
de l’eau. Mais elle va beaucoup plus loin 
en privatisant même la pollution, avec 
la création d’un marché carbone. Je crois qu’il faut opposer à la privatisation des écosystèmes l’idée de bien commun de l’humanité, c’est-à-dire l’appropriation collective des ressources naturelles, comme l’eau et les diverses sources d’énergie. En parlant de Terre commune, 
je veux dire qu’elle appartient à tous 
et qu’elle ne saurait être confisquée au profit 
de quelques-uns.

 

(1) Éditions Arcane 17, collection « Écrits politiques », septembre 2010, 19 euros.

Publié dans Ecologie

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