Evénement Tunisie : Le déshonneur

Publié le par pcfuzege

 

BenAliRecompense-D.Strauss-Kahn.jpgQuoi que nous entreprenions, de grand et de risqué, nous n’oublions jamais la grâce des compagnons sollicités, ces invisibles qui offrent 
des mots comme autant d’armes pour nos combats, défrichant par leur soutien indéfectible 
la vie aux avant-postes… À la faveur d’une révolution qui dit son nom et n’hésite pas à défier le présent, 
au moins une chose est sûre : les Tunisiens dans 
leur ensemble, et singulièrement les nouveaux dirigeants que l’on espère bientôt élus démocratiquement, 
après s’être libérés du joug de Ben Ali, ne sont pas près 
d’oublier l’attitude cynique des dirigeants français, 
qu’aucune excuse ne pourra jamais pardonner aux yeux 
de l’histoire… Tandis que Barack Obama saluait 
le « courage et la dignité » du peuple tunisien, il faut 
se pincer très fort pour relire plusieurs jours après 
le communiqué officiel de l’Élysée : « La France prend acte de la transition constitutionnelle annoncée… » Il y a de quoi avoir honte de cette diplomatie des copains et des coquins !

La polémique gronde si fort que de nombreuses voix ont réclamé, hier, la démission de la ministre 
des Affaires étrangères. Mardi dernier, en effet, Michèle Alliot-Marie était tellement aveuglée par sa croyance 
d’un Ben Ali éternel qu’elle osa énumérer des offres 
de services à son régime, proposant que « le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type ». La répression s’abattait alors sur 
les Tunisiens, frappés 
dans leur chair… 
et la France de Sarkozy ne trouvait rien de mieux à proposer à ce peuple brisant ses chaînes que d’avancer sur le chemin 
de l’« apaisement » 
et du « dialogue » (dixit) avec la dictature… Outre que ces paroles heurtent toute sensibilité authentiquement républicaine, il s’agit surtout d’une entorse au préambule de la Constitution de 1946, selon lequel la République française « n’emploiera jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple ». Mme Alliot-Marie devrait en tirer toutes les conséquences.

Ceux qui servent la diplomatie française, marquée par une complaisante tradition à l’égard 
de la dictature tunisienne, ont toujours montré 
leur vrai visage… Hier, après plusieurs jours d’indignités, 
le conseiller spécial du Palais, Henri Guaino, gêné 
aux entournures, est venu narrer la prudente et peu 
crédible autocritique du pouvoir. Les mots utilisés sont surréalistes : « Qu’il y ait pu y avoir des maladresses 
ou des incompréhensions, après tout, cela est possible. » Sans parler d’Alain Juppé, reconnaissant que lui 
et ses amis avaient « sous-estimé la situation ». Et puis 
c’est tout ? On croit rêver… Ne sont-ils pas beaux, 
tous ces intellocrates qui tournent casaque et tentent d’assumer un lâchage aussi brutal que leur soutien 
fut total ! Le long silence complice avec Ben Ali, de même que les belles affaires réalisées entre bons amis laisseront des traces… Combien de personnalités politiques, économiques, journalistiques, universitaires et autres ont été régulièrement « invitées » (pour le dire pudiquement) 
par le régime tunisien dans les palaces de Djerba 
ou de Tunis, pour, ensuite, prêcher la bonne parole 
de Bel Ali ? Surtout, qu’ils n’aient pas le toupet aujourd’hui encore de nous donner des leçons de géopolitique !

Et pendant ce temps-là ? L’ex-dictateur Jean-Claude Duvalier est rentré en Haïti, après vingt-cinq ans d’exil paisible en France. Notre diplomatie, qui 
a favorisé ce retour, n’en est plus à un déshonneur près…

Par son soutien complice 
à la dictature tunisienne, 
il y a de quoi 
avoir honte 
de la diplomatie française !

Jean-Emmanuel Ducoin

 

Paru dans l'Humanité du 20 janvier 2010

Publié dans International

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