Que peut cacher l’effet Coupe du monde ?

Publié le par pcfuzege

par Jean-Claude Mbvoumin, président de l’association Foot solidaire (*)

 

images[3]

On ne peut laisser 

 

           se développer 

 

              le trafic d’enfants 

 

                              par le football

 

 
images[2]

L a Coupe du monde de football débute dans moins d’un mois en Afrique du Sud : la fête du football va tenir en haleine des milliards de passionnés à travers la planète. Pourtant, derrière cet événement que l’on voudrait avant tout festif, ce sont un trafic d’enfants et un exode sans précédent de jeunes footballeurs qui se préparent. Les arnaques aux recrutements dues à « l’effet Coupe du monde » vont ainsi ruiner de nombreuses familles et mettre en danger la vie de milliers d’enfants rêvant d’une carrière de footballeur en Europe. De jeunes joueurs africains, vivant aujourd’hui dans leurs pays, pourraient se retrouver d’ici quelques mois livrés à eux-mêmes dans les rues de Paris, Marseille, Lyon et d’autres grandes villes européennes.

 

La Coupe du monde de football 2010 va également consacrer la course au recrutement de jeunes talents en Afrique. Les grandes manœuvres ont commencé depuis quelques années avec la création ici et là d’académies privées bien structurées, le financement de grands projets de développement par le sport, la mise en place de partenariats entre académies africaines et clubs européens, la délocalisation de la formation en Afrique par les clubs européens. Force est de constater que le but de ces projets n’est pas de profiter aux populations locales, aux petits clubs formateurs qui sont dépossédés de leurs meilleurs jeunes joueurs et qui, au final, ne bénéficient d’aucune retombée positive. Négligeant l’immense majorité des pratiquants, cette orientation élitiste est résolument tournée vers la vente de joueurs à l’étranger, alors que les championnats locaux s’appauvrissent et ne permettent pas de stabiliser les jeunes joueurs.

 

Puisque cette approche prédatrice de la formation ne profite qu’à une minorité, elle détruit systématiquement le tissu sportif local, entraîne une déscolarisation massive des enfants pratiquants et jette les moins doués sur les routes dangereuses de la migration clandestine. Contrôlée par une réglementation réellement appliquée, l’arrivée des jeunes joueurs africains en Europe aurait de nombreux points positifs pour tous : réussite sociale des joueurs africains, retombées économiques et financières pour les clubs formateurs et les populations, amélioration par l’échange mutuel des résultats des sélections africaines, mais aussi des clubs européens. C’est pourquoi l’association Foot Solidaire lance une campagne de prévention, pour échanger en Afrique avec les acteurs du football local sur la nécessaire réorientation des stratégies et des pratiques et pour informer les jeunes et les familles sur les dangers des filières de recrutement non officielles. Il ne s’agit pas de sombrer dans l’alarmisme, à l’aube d’un événement que chacun voudrait bénéfique pour l’image de l’Afrique. Mais la réalité du terrain est là, têtue, et il serait indécent de faire comme si tout allait bien, comme si la seule organisation de la Coupe du monde en Afrique suffisait à résoudre les problèmes. L’avenir de millions d’enfants est en jeu. On ne peut laisser se développer le trafic d’enfants par le football, ou accepter comme une fatalité de voir la vocation éducative et sociale du football dévoyée, la protection des mineurs instrumentalisée ou vidée de sa substance.

 

Stopper le trafic est aussi de la responsabilité des gouvernements des États d’origine et d’accueil : leur action d’autorités de tutelle est indispensable. Pour ce faire, ils pourront s’appuyer sur une réglementation que les organisations internationales de défense des enfants et de protection de leurs droits n’ont de cesse de promouvoir. Mais c’est seulement ensemble que nous pouvons inverser la tendance, impulser une nouvelle dynamique pour la protection des jeunes footballeurs en Afrique, pour permettre à ceux qui arrivent en Europe, dans nos clubs, de bénéficier d’une meilleure intégration et d’éviter d’être marginalisés lorsqu’ils sont rejetés par l’élitisme du système.

 

(*) www.footsolidaire.com

 

Paru dans "L'Humanité" du samedi 29 mai 2010

Publié dans Sport

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article