Retraite : répartition et capitalisation n’ont pas les mêmes valeurs

Le débat sur les retraites relève des grands sujets de société et doit être traité comme tel jusque dans ses aspects financiers. Le régime actuel par répartition, fondé sur une morale de la solidarité, bénéficie d’un financement lui-même solidaire, en dépit de ses limites qui justifient sa rénovation. Il faut mesurer toute la valeur de ce pacte social, il y a du communisme en son sein. Chaque génération a droit à une retraite dans la mesure où elle l’a assurée à la précédente et où elle permet à la suivante d’accéder à l’éducation et à l’emploi. Celle-ci à son tour doit assurer la relève et financer la retraite de ses ascendants. Ce contrat social exprime aussi la solidarité de la communauté de travail vis-à-vis de chacun de ses membres, celle de la nation à l’égard de ses différentes composantes.

Cette philosophie du partage a été imposée à la grande bourgeoisie et à ses représentants, et ces derniers ne l’ont jamais vraiment acceptée. Ils ont toujours rêvé d’un dispositif qui leur rapporterait. Dans capitalisation n’y a-t-il pas « capital »  ? Cependant, contrairement aux apparences, dans cet autre système, les ressources dégagées par les actifs pour leur retraite future ne sont pas « capitalisées » dans un coffre pour être ressorties la vieillesse venue. Ce sont toujours les actifs du moment qui financent les retraites du moment. Contrairement à la répartition où le transfert est direct, dans la capitalisation, un tiers sert d’intermédiaire entre les générations  : les marchés financiers. Et cela change tout.

L’activité des descendants a alors pour les ascendants une fonction de rapport. Pour que leurs parents à la retraite disposent de ressources, leurs enfants en activité doivent par leur travail se plier aux canons de la rentabilité financière. À l’opposé du lien solidaire, ce second système repose sur le jeu de la concurrence et de la guerre de tous contre tous. Pour valoriser leurs actifs, les fonds de retraite doivent faire preuve de discernement, choisir les « champions », ceux qui vont être capables d’écraser les autres, de capter le maximum de richesses créées au détriment de l’emploi et des salaires.

C’est ainsi que l’on en est venu à cette aberration, avec des fonds de pension exigeant de leurs placements des rendements à deux chiffres alors que la croissance se traînait. La différence n’a pu être obtenue que par un énorme détournement de richesses et au prix de convulsions dévastatrices. Car on l’oublie trop souvent que cette financiarisation des liens intergénérationnels dans les pays anglo-saxons a joué un rôle dans la montée du soufflet spéculatif et dans la crise. La capitalisation c’est la guerre, c’est aussi le risque. Pour les ascendants et les descendants.

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