Les forces du désarmement réactivées à l’ONU ?

Publié le par pcfuzege.over-blog.com

 Les ONG et Ban Ki-moon ont mis la pression sur les gouvernements à la veille de l’ouverture de la conférence de révision du traité de non-prolifération nucléaire (TNP).

New York, envoyé spécial.

 

Puisque le secrétaire général de l’ONU, le président de la première puissance mondiale et les ONG, représentant les opinions publiques, sont d’accord pour construire un monde sans arme nucléaire, la conférence de révision quinquennale du traité de non-prolifération qui s’est ouverte hier matin au siège de l’ONU, à New York, devrait immanquablement se solder par un succès historique. Cette présentation a beau relever de la boutade, elle n’en révèle pas moins le contexte particulier dans lequel s’ouvre ce sommet.

LA NOUVELLE STRATÉGIE ÉTATS-UNIENNE

Cinq ans après l’échec de la dernière conférence, le climat politique a changé. L’an dernier, Barack Obama, dans un discours prononcé à Prague, a donc appelé à « un monde sans arme nucléaire ». Il y a quelques semaines, il a signé avec le président russe, Dimitri Medvedev, un accord dit Start de réduction du nombre de têtes nucléaires. Soufflant le chaud et le froid, l’administration américaine brandissait, quelques jours plus tard, par la voix de Hillary Clinton, le spectre du terrorisme nucléaire. Preuve que la nouvelle stratégie états-unienne n’est ni sans ambiguïté ni sans limites. Et pourtant, à sa façon, elle participe à la relance du débat sur le désarmement. Par un effet d’appel d’air, d’autres puissances se sont engouffrées dans la brèche. Il n’y a rien de surprenant à constater que le mouvement pacifiste se sent conforté dans sa revendication d’abolition des armes nucléaires. Conscientes de l’enjeu, ces ONG ont organisé pour la première fois une conférence alternative et défilé en nombre – 25 000 personnes – dimanche après-midi entre Times Square et l’ONU.

Autre voix qui porte dans ce débat : celle du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui a multiplié les « sorties » pour inviter au désarmement nucléaire. Dans ce débat qui ne va pas manquer de surgir au coeur de la révision du TNP, les puissances nucléaires ont évidemment une responsabilité particulière. Quelle sera la voix de la France ? Les déclarations de Nicolas Sarkozy laissent craindre le pire, c’est-à-dire le statu quo, l’attachement indéfectible à la théorie de la dissuasion, meilleure ennemie des efforts de désarmement. Comment justifier que la dissuasion puisse fonctionner pour le club des cinq puissances nucléaires (États-Unis, Russie, Grande- Bretagne, France, Chine), ainsi que pour les pays détenteurs de la bombe mais non signataires (Inde, Pakistan, Israël), mais pas pour d’autres nations ?

 

 

paceLE MOUVEMENT PACIFISTE PROPOSE UNE CONVENTION

Si le TNP a produit son oeuvre – 189 pays signataires, sept zones dénucléarisées dans le monde, plus d’États qui ont renoncé à l’arme nucléaire que ne l’ont acquise –, il a aussi manifestement fait son temps. Le mouvement pacifiste propose une convention d’élimination des armes nucléaires. « Cette convention sur laquelle travaillent les ONG depuis plus de dix ans possède deux vertus qui comblent les failles du TNP : elle intègre tous les pays, qu’ils soient signataires ou non signataires du TNP, et, contrairement à l’article 6 du TNP, elle dit “quand” et “comment” on construit le désarmement avec un processus d’élimination en cinq étapes sur quinze ans », explique Pierre Villard, coprésident du Mouvement de la paix et coordinateur de la campagne internationale Ican. En 2007, les gouvernements du Costa Rica et de la Malaisie ont soumis un modèle de convention à l’Assemblée générale des Nations unies. La France n’y est pas favorable. Pourtant, elle s’inscrit dans l’esprit originel du TNP, dont il faut garder en mémoire les premiers mots : « Considérant les dévastations qu’une guerre nucléaire ferait subir à l’humanité entière et la nécessité qui en résulte de ne ménager aucun effort pour écarter le risque d’une telle guerre et de prendre des mesures en vue de sauvegarder la sécurité des peuples… »

 


 

Repères
Quatre ans après l’entrée de la Chine dans le club des puissances nucléaires, un traité de non-prolifération nucléaire était ouvert à la signature le 1er juillet 1968. Les États signataires ne disposant pas de la plus mortelle des armes s’engageaient à ne pas tenter de l’acquérir tandis que les détenteurs promettaient de s’abstenir de toute attaque ou menace contre des pays « sans bombe ». La France ne signa le traité qu’en 1992. Trois pays refusèrent d’y souscrire : l’Inde, le Pakistan et Israël. La Corée du Nord a décidé, en 2003, de s’en retirer. D’une certaine façon, le TNP grave dans le marbre une discrimination entre ceux qui « ont » et ceux qui « n’ont pas » l’arme nucléaire. Pourtant, l’article 6 stipule que les signataires doivent « poursuivre de bonne foi des négociations » sur un désarmement nucléaire généralisé. C’est, finalement, le non-respect de cet article qui fait aujourd’hui du TNP un instrument limité.

Article de CHRISTOPHE DEROUBAIX, extrait de "L'Humanité" du 4 mai 2010

Publié dans Paix

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