Un Camarade nous a quitté

Publié le par pcfuzege

Don-Diegue.jpgArrivé à Uzès depuis peu, Alain Cuniot, fidèle à ses idées, a immédiatement pris contact avec notre section du PCF pour reprendre sa carte.

Il assiste à toutes les réunions entre ses nombreux aller et retour vers Paris où sa famille réside.

Nous n'avons pas eu le temps de développer les thèmes d'intérêts qui étaient les siens. Nous sommes frustés de ne pas avoir plus échangé avec lui. Mais de son bref passage parmi nous nous garderons l'image d'un homme passionné par la vie, fidèle à ses idées.

Nous reproduisons ci dessous une compilation de trois interventions de Max-Pol Fouchet qui résument très bien l'étendue impréssionnante de ses passions culturelles. 

 Alain Cuniot interprétant Don Diegue

 


MPF-et-Cuniot-tourn-OetP.jpg

" Lorsque je l'ai rencontré la première fois, il m'avait parlé de Voltaire, ce qui n'était pas un mauvais sésame.

---C'est ainsi que je consentis à jouer le rôle du poète, composition aisée, dans son premier grand film : L'or et le plomb, que lui avait inspiré un conte de l'auteur de Candide, dont je le soupçonnais d'avoir quelques traits. Je parle ici de Candide l'optimiste.

---Lorsque son deuxième film d’importance : La Désirade subit quelques assauts de censure je me fis gloire de m'insurger à ses côtés contre les codes moralisateurs et policiers, lesquels vont de pair.

---Lorsque, des années s'étant égrenées sans discontinuité amicale, nous nous retrouvâmes au sein des ouvriers des usines Alsthom à Belfort, il s'agissait pour moi de présenter un recueil de poètes « spontanés » selon son terme, à l'origine duquel il était, ce que je fis avec une grande délection.

---Entre-temps, j'avais su que cet étrange papillon s'était fait éditeur d'ouvrages anarchistes, ce qui n'était pas sa tasse de thé politique, mais ce qui m'éclaira d'avantage sur son humaniste curiosité.

---Comédien de bonne expression, il avait interprété tout autant Corneille que Shakespeare, Courteline que Tardieu, et parfois tout simplement Cuniot. J'avais appris également que ce farfadet, légèrement bedonnant et abondamment barbu, avait eu le privilège de l'hôtel avenue Elysée Reclus de Sacha Guitry, qu'il avait baisé la main de la veuve d'Edmond Rostand, correspondu avec Jean Giono, créé un journal aux côtés de Breton, Camus et Gide, partagé l'amitié de Michel Simon. Étonnamment, j'ai toujours du mal à démêler ce qui appartient à ses premières décennies de ses dernières. Car ce que j'aime en cet homme, dont je suis quand même légèrement l'ainé, c'est que tout en ayant rempli son intelligence d'une belle noria de savoirs il conserve - à l'encontre de tant d'autres qui nourrissent un distingué désabusement au fil du temps - une émotion impétueuse, voire ingénue, propre à ce qu'on catégorise comme étant la jeunesse.

---Enfin il me souvient que le canal de l'Ourq nous avait réunis dans L'or et le plomb, car il aime Paris tout autant que moi. Et, tout autant que moi, il aime - précisément quand on aime profondément Paris - tous les peuples du monde. Il me parle des grecs avec passion, des russes avec un merveilleux étonnement, des marocains (un peu plus, je le dois à la vérité, des marocaines) avec une infinie tendresse.

---Il aime la poésie, la politique, la science, la peinture, le cinéma, la littérature, la philosophie, le théâtre, la musique, la chanson, que sais-je encore. Mais - et je crois bien que cela nous a rapproché encore plus solidement - il aime par dessus tout l'amour; c’est à dire, pour des gens comme lui et moi, les femmes. Ce qui, de notre point de vue, résume tous les arts et toutes les idées. "

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---Max-Pol Fouchet,

---écrivain, poète.

 

N.B. - Ce texte est la transcription de trois interventions enregistrées de Max Pol Fouchet

 

---- L'une lors de la présentation de L'or et le plomb

------au cinéma Le Savoie à Paris.

---- Une autre le lendemain de la présentation du recueil Les douze à

------Belfort.

---- La dernière au cours d'un entretien radio-phonique à Radio Libertaire,

------en présence d'Alain Cuniot.

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Martine Dugied 28/05/2010 15:34


Uzès - terrasse du café "La Bourse" : Alain Cuniot, selon son habitude, est attablé devant un petit ballon de ROUGE.
Au passage, il nous lance un profond "Salut Camarades !" On échange quelques commentaires sur le monde ( toujours à refaire...)
Une fois même, pour nous encourager, le poing levé, il entonne : "Avanti popolo, alla riscossa..."
Ca ne s'oublie pas...
A Uzès, ces jours-ci, il y a comme un vide, à la terrasse du café "La Bourse".